Ève Lomé

Journal extime

Être dans de beaux draps

Être dans de beaux draps

Il fut un temps où être dans de beaux draps était une affaire de bon goût, une marque d’élégance, voire une promesse de confort.

Les draps n’étaient pas encore synonymes de bourbier mais bien d’étoffes nobles, de parures délicates, de tissus exquis donnant de quoi se pavaner avec superbe en société. Puis, pour le plaisir de l’ironie, être dans de beaux draps passa du compliment textile à la moquerie circonstancielle. L’élégance de la soie fit place à l’absurdité du pétrin, et le costume du courtisan se changea en camisole de l’embarras. Longtemps, l’expression s’utilisa pour dépeindre avec malice, une situation particulièrement fâcheuse. Pas une petite contrariété. Plutôt un moment gênant, ennuyeux, parfois irrattrapable. Chacun maîtrisait l’antiphrase et comprenait que celui qui s’était réveillé dans de beaux draps se trouvait en bien dommageable posture. Embourbé, empêtré, englué… mais avec élégance, c’était déjà ça.

D’après Dictionnaire raisonné des mots surannés et expressions désuètes

Publié le 25 mars 2026

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