Eve Lomé

Journal extime

Accueil > Disparaître / apparaître

Disparaître / apparaître

Le plaisir de la perception est immédiat, fugace alors que le bonheur de la représentation est durable.

Quand la conscience douloureuse de la perte provoque la rage de réparer, la créativité devient une bien heureuse contrainte. C’est pendant la minute de silence collectif que l’image du disparu revient dans notre mémoire intime. Ceci nous prouve que l’image et la magie sont associées puisqu’il suffit de décider d’un rituel social et d’adopter une posture pour faire jaillir en nous le souvenir de quelqu’un qui n’existe plus dans le réel. On comprend que le mythe du double ou la magie du miroir possède un effet euphorisant, au bord de l’angoisse, puisque c’est en se coltinant avec la mort qu’on fait naitre une image. Le sevrage est donc nécessaire pour se représenter l’absence car si l’objet est trop là il ne peut-être que perçu. Or, le plaisir de la perception est immédiat, fugace alors que le bonheur de la représentation est durable.
Boris Cyrulnik, Les vilains petits canards, 2001